
Dans le parc où je prends le temps de reprendre un peu mon souffle, je croise de drôles de types qui arpentent les allées. Ils sont fringués bizarrement : en costume traditionnel en fait. Genre les Dupond(t) dans le Sceptre d’Ottokar (je ne vais pas vous mâcher le travail tout le temps, relisez Tintin, ça ne vous fera pas de mal de toute façon). Comme si, devant la Tour Eiffel, il y avait des gars en béret avec une baguette sous le bras, et un mégot dégueu au bec. Peut-être qu’il y en a après tout, faudra que j’aille vérifier.
Je me lève, et je me bouscule, comme d’habitude (ça, c’est fait). Je marche d’un pas vif, genre escargot paralytique, vers la Mosquée Bleue (Sultanhamet Camii). Et là, pas de bol. Ou plutôt si. J’arrive pile poil pour l’appel à la prière, « Allah akbar » et tout le tremblement. Les hauts parleurs installés sur les minarets de la Mosquée Bleue se mettent à trembler. Une autre mosquée, au-delà de Sophie-Sophie, prend le relais et lui répond. Et puis une autre, et encore une autre. C’est à entendre, vraiment. Pour de bon, j’ai l’impression d’être en Orient, et ça fait plaisir.
Pendant les heures de prières, évidemment, la mosquée est fermée aux touristes. Ça dure une petite vingtaine de minutes. En attendant, je fais le tour du jardin, et repousse les assauts d’un ou deux Turcs qui tiennent absolument à me cirer et me brosser les chaussures. J’ai beau leur dire « no leather shoes », ils me répondent « no problem, no problem » et commencent à installer leur attirail : ne pas hésiter à refuser, ils ont l’habitude les pauvres. Ensuite, je rentre –photographiquement parlant- dans ma période fleurs au premier plan, flou au second. Admirez le travail de l’artiste.
La prière est terminée. La mosquée est de nouveau ouverte aux touristes. C’est gratuit, et c’est très bien ainsi. C’est joli aussi. Il y a des carreaux de faïences bleus (d’où le nom) partout. Pas un centimètre carré de laisser blanc. Tout est décoré, et finement décoré. Moi, c’est bien simple, je vois encore l’artiste, le pinceau à la main, et la langue tirée, en train de peindre le truc, le nez collé à son ouvrage.
Par terre, en revanche, il n’y a rien, à part une grande étendue de tapis. C’est qu’ils ne sont pas cons les musulmans. Nous, dans nos églises, on a des chaises et des bancs. Pour faire le ménage, c’est pas simple, et puis ça prend de la place, ça fait du bruit quand on les déplace. Eux, au moins, ils ne s’embarrassent pas avec ce genre de détails : ils visent la simplicité, et ils y parviennent très bien.
A la sortie de la Mosquée Bleue, je me dirige vers l’hippodrome : il n’y a qu’à traverser la rue. En fait d’hippodrome, il s’agit de trois colonnes, et notamment un obélisque, qui n’a rien à envier à celui de la Concorde (et inversement). Tout le reste a disparu.
Pouf… pouf…
Qui a dit poil au cul ? Qu’il se dénonce sur le champ ! Ah vous le prenez comme ça ?! Personne ne veut me dire qui a dit poil au cul ? Bon, très bien, tant pis pour vous, punition générale : vous me lirez 100 fois l’intégralité de mon blog. Je sais, je sais, c’est inhumain, mais bon, vous l’avez cherché après tout.
Pouf… pouf…
Je laisse le forum derrière moi pour me rendre à la citerne basilique (Yerebatan Sarayi). L’entrée est à 10 YTL (nouvelle livre turque), soit 7 € environ. C’est un peu cher pour visiter une réserve d’eau potable si vous voulez vraiment mon avis. Mais vu comment tape le soleil dehors, il est quand même agréable d’y retrouver un peu de fraîcheur. Au cours de la visite, je me reçois même une goutte ou deux sur la gueule, à cause de l’humidité qui tombe du plafond. Il y a là 336 colonnes les pieds dans l’eau, je les ai comptées (enfin, le Guide du Routard les a comptées pour moi).

Dans l’eau, justement, il y a des poissons. J’ai bien envie de dire que ce sont des carpes. Je ne m’y connais pas très bien en poissons (sauf en poissons-chats) mais, il y a quelque temps, j’ai vu une émission de C’est Pas Sorcier (excellente émission que je conseille à tout le monde) sur les réserves d’eau potable de Paris. Eh bien, dans ces réserves, ils expliquaient qu’on y avait introduit des carpes, parce que c’est un poisson sensible à la pureté de l’eau. En gros, donc, on utilise les carpes comme les grenouilles pour la météo. Quand le poiscaille flotte à la surface, le ventre à l’air, c’est qu’il y a un problème quelque part.
Là, ça va, je rassure tout le monde : les carpes sont vivantes. Bien vivantes même. C’est pas pour dénoncer, mais y en a certaines qui profitent même plutôt bien : je vois une ou deux grosses mémères un peu grassouillettes.
Retour à l’air libre. Sous le soleil exactement. Je dois commencer à être pas mal cramé, car je constate que les « whereareyoufrom » passent maintenant devant moi sans me regarder. Avec mon joli teint halé, ils doivent sans doute me prendre pour un autochtone.