08 juillet 2006

Clémence, j'aurais voulu faire mieux, je te le jure !!!



J'ai un peu honte. Mon plan, il est tout dégueulasse. Mais je ne peux pas mieux faire. Enfin si, dans l'absolu, il doit être possible de mieux faire, seulement mon incapacité quasi pathologique pour tout ce qui concerne la mise en ligne de photos m'en empêche. Désolé...
Ah oui, quand même, dans le précédent post, avec les trois cartes, à un moment, il y a un petit cercle au crayon de papier. C'est là que se trouvait mon hôtel. Après, j'aurais voulu marquer mon cheminement en coloriant sur la carte après numérisation, mais je n'ai pas trouvé comment faire. Ben oui, je suis un incapable, je sais...
Une dernière chose et puis je vais aller prendre l'apéro, parce que là, avec ces conneries de photos, je suis en nage. Les deux derniers plans (juste au dessus) sont des zooms de Sultanahmet et du quartier situé au-delà de la Corne d'Or.

Comme promis : un semblant de plan

02 juillet 2006

Episode 12 : Paris, réflexions sur la vie et autres pensées

J’aimerais bien être vieux. Enfin, à la retraite plutôt. J’aimerais être payé à ne rien foutre. Je sais, ce n’est qu’une question de patience –encore que, peut-être ne serai-je jamais vieux, qui sait, je peux très bien me choper une saloperie quelconque, c’est pas ça qui manque.
J’aimerais être vieux, donc. Mais quand je serai vieux, j’aurai de l’arthrose. Et je parle même pas de l’incontinence urinaire. Ni de ma prostate qui me gratouillera. Ni de mon pacemaker, de la mémoire qui fout le camp, et qui ne reviendra plus… Je serai vieux, j’aurai du temps, mais pas la force. L’envie, mais pas l’énergie.
Il n’y a vraiment que moi qui me rend compte de ça ? Que moi qui pense que la vie est mal faite ? Travailler pour gagner sa vie, d’accord. Travailler pour vivre, très bien, mais vivre pour travailler, à quoi bon ? A quoi ça rime d’écrire des articles pour un journal que personne ne lit ? A quoi ça rime d’arriver au boulot le lundi en se disant : « vivement le week-end » ?
Moi, c’est tout de suite que je veux vivre. J’ai pas envie d’attendre. Pas le temps non plus. Si je m’écoutais, je crois que je démissionnerais sur le champ. J’irais dépenser mes dernières économies quelque part, à l’autre côté du monde. Bon, vu ce qu’il reste de mes économies, l’autre bout du monde, ça risque bien d’être Nogent-le-Rotrou. A ce propos, d’ailleurs. Personne n’a trouvé la solution à mon grand jeu concours lancé avant mon départ. Je demandais qui était ce Léon à qui je ne disais pas merci. Il s’agissait bien sûr de Léon Blum, puisque c’était une allusion (très fine, je l’avoue) aux congés payés. Aaaaaaaah, mes premiers congés payés !!!
Dans le RER qui me ramène à Paris, il y a tout un groupe de d’jeuns qui revient de je ne sais où. Je les écoute. Enfin, à vrai dire, vu comme ils parlent fort, je n’ai pas trop le choix en fait. Leur discussion me semble vaine. Limite pathétique. Ils parlent de leur dernière nuit en boîte je crois. Y en a même un qui joue les jeunes coqs en disant, à qui veut l’entendre (c’est-à-dire tout le monde), qu’il vient de passer une nuit blanche.
La belle affaire ! Moi bien avant toi, p’tit con ! J’ai envie de me retourner, et de leur hurler à la tronche : « Eh, les mioches ! Vous savez que vous allez mourir ? P’têt même dès demain ?! Et vous avez fait quoi de votre vie, hein, vous en avez fait quoi ? Rien ! P’tits cons va ! » Dites, ça se voit que j’avais pas tellement envie de rentrer ou pas ?
Dans le métro, ensuite, je prends quatre bonnes résolutions (que je m’empresserai, sans doute, de ne pas tenir, comme toute bonne résolution qui se respecte) :
1/ Les touristes perdus, avec plaisir, tu aideras… Un touriste est, avec un peu de chance, s’il ne voyage pas en troupeau, ouvert d’esprit. En tout cas toujours moins con qu’un parisien pressé (pléonasme).
2/ Le temps de vivre, davantage, tu prendras… Déjà que j’avais un peu tendance à me la couler douce, je ne sais pas trop ce que ça va donner, héhéhé.
3/ Zen, en toute circonstance, tu resteras… Aux cons, attention, tu ne feras pas. Les mépriser, tu t’autoriseras.
4/ En voyage, ailleurs, tu repartiras.
Les trois premières, je ne sais pas trop, mais la quatrième résolution, elle, je ne sais pas pourquoi, mai je sens que je m’y tiendrai.

Episode 11 : maudits Français

Retour à la « civilisation », acte 1. Dans le bus qui me ramène à l’aéroport, il n’y a que des Français, c’est horrible. Tous sont effrayants de bêtise. A voir la taille de leur bagages, je présume qu’ils sont tous restés beaucoup plus longtemps que moi en Turquie : une bonne raison, déjà, de les haïr.
En plus, ils se parlent tous entre eux (quelle drôle d’idée). Ils s’échangent leurs adresses aussi. Ça m’intrigue. Ils sortent sûrement d’un voyage organisé, ou un truc dans le genre. P’têt même avec un guide. Pouaaah, quelle horreur. Autant il y a des pays dans lesquels c’est un passage obligé, autant en Turquie, on peut quand même s’en passer, et tailler la route par soi-même : c’est quand même pas les favelas de Rio ni le désert de Gobi merde !
Je les regarde, ces maudits Français, et je les trouve fades, inintéressants. Non pas que je me sente supérieur à eux, non, évidemment, mais juste que je ne me reconnais pas en eux. Du coup, dans le bus, je me mets tout au fond. Avec une distance de sécurité, un cordon sanitaire de deux ou trois rangées libres entre eux et moi (je vous ai dit, déjà, que j’aimais pas les gens ?).
Le bus prend la route de l’aéroport. On passe encore devant des remparts. Je n’en perds rien. Puis arrive l’aéroport… ben, un aéroport normal… Sauf que les inscriptions, en plus d’être en anglais, le sont aussi en turc. Pas besoin de s’étendre là-dessus. Je crois qu’il vaut mieux utiliser ces dernières minutes pour résumer mon voyage.
Si, si, je sens bien qu’il faut que je résume. Aucun d’entre vous n’a pris de notes, je l’ai bien vu, pas la peine de mentir ! Et comment ferez-vous le jour de l’examen final, hein ? Moi, je m’en moque, ce n’est pas moi qui me prendrai un zéro pointé. Je vous aurez prévenus en tout cas ! Enfin… Résumons puisqu’il le faut, tas de grosses feignasses !
Le Turc, d’une manière générale, est moustachu et basané, mais sympa… Mais moustachu et basané quand même. Il est vêtu en costume traditionnel, genre les Dupond(t) dans le Sceptre d’Ottokar, mais seulement du côté de Sainte-Sophie. Ailleurs, il est habillé en pauvre.
Devant son échoppe, le marchand turc attend le chaland avachi sur un tabouret ou une chaise, et vaguement assoupi. De temps en temps, un vieux pote vient le retrouver, et ils papotent ensemble. En Turc généralement, ce qui ne facilite pas la compréhension. Sauf si on parle le Turc, évidemment. Devant tous les bâtiments publics ou presque, il y a des gardes. On les repère à leur chemise bleue. Et au fait, aussi, qu’ils sont… avachis sur leur chaise, vaguement assoupis, et que, de temps en temps, un vieux pote vient les retrouver pour taper la discute.
Le d’jeuns Turc, comme son collègue d’jeuns Français, aime à se retrouver en bande dans un café, à boire du Coca-Cola. Pas d’alcools ici (pas officiellement en tout cas). D’autres, un peu moins jeunes généralement, occupent leur temps à fumer le narghilé tout en jouant au backgammon. Le tout avec une grande nonchalance qui, personnellement, m’a beaucoup plu. Et c’est à peu près tout. Ah si, encore une chose. Non, deux. A Istanbul, il y a beaucoup de chats. Et ça n’arrête pas de monter et de descendre, à cause que la ville elle est construite sur des collines : Istanbul, en fait, c’est yoyotown !

Episode 10 : Istanbul, une dernière !


Le départ pour l’aéroport est prévu à 12h50. Il me reste donc une dernière matinée à passer à Istanbul, et je compte bien en profiter au maximum. Je mets mon réveil à 6 heures. C’est marrant d’ailleurs, mais me lever à 6 heures pour aller au boulot, c’est un cauchemar. Pour aller prendre du bon temps dans le vieil Istanbul, c’est un plaisir. Allez comprendre quelque chose.
Dans la salle du petit-déj, c’est l’heure de pointe déjà. En fait, il y a un groupe de Français qui doit prendre le bus à 6h30. Entendre parler Français ne me fait pas plaisir, mais alors pas du tout du tout. Ces Français, si je comprends bien, font le tour de la Turquie avec un guide. En somme, ils passent leur journée dans leur bus, et ne voient de la Turquie que ce que l’on veut bien leur montrer.
A deux tables de moi, il y a un pauvre type qui, comme moi (comme tout le monde en fait), a été réveillé par le premier appel à la prière. Je l’entends déblatérer ses conneries : « J’avais envie de lui crier de fermer sa gueule, à l’imam », dit-il, en déclenchant les rires de ses camarades de tablée.
Moi j’ai envie de le traiter de connard ce grand con de touriste. Je sens que le retour s’annonce difficile pour moi. Je me dépêche de quitter l’hôtel pour sauter dans le tram. Un tram encore bondé, décidément. Il est encore tôt et, à Sultanahmet, il n’y pas beaucoup de monde, c’est très bien ainsi.
J’ai envie de voir la Petite Sainte-Sophie, église byzantine construite au VIème siècle. Je n’ai pas trop le temps de m’y attarder, malheureusement. D’autant plus que, un peu plus loin –juste à côté en fait-, il y a la mer de Marmara et, surtout, les vestiges des remparts. Alors là, je vous vois venir gros comme une maison. Qu’est-ce qu’on s’en fout de pans de murs en ruine ? Et mon grand-œuvre ? Vous y pensez à mon grand-œuvre ? Il fallait bien que j’aille voir par moi-même pour éviter de trop raconter de conneries dans mon futur best-seller !
Bon, eh ben, les remparts, ce sont des pans de murs de brique rouge en ruine, et puis c’est tout. Tout ça pour ça alors ? Oui… mais non. Je vois leur taille, leur couleur, leur forme. Je m’imprègne des lieux. J’essaie de m’imaginer l’impression que l’on pouvait avoir, il y a si longtemps, en se trouvant devant ces hauts murs, en écoutant le bruit de la ville derrière, mais sans pouvoir y entrer. Bref, mission accomplie.
Je retourne devant Sainte-Sophie et la Mosquée Bleue, prends quelques dernières photos, en essayant de trouver des angles de vues intéressants. Je ne sais pas trop que cela donnera : on verra bien de retour à Paris. En tout cas, à mon grand désespoir, dès le deuxième jour, tel Chang (le joueur de tennis, pas l’ami de Tintin, attention, ne confondez pas) n’osant plus s’asseoir pendant les changements de côté durant son match contre Lendl à Roland-Garros 1989, de peur de ne plus pouvoir se relever (cf post de Frankie il y a quelques semaines), j’ai dû renoncer aux photos en contre-plongées que j’affectionne pourtant tant (tiens, y a de l’écho).J’ai le genou qui craque de partout. Comprenez donc que je reprenne le tram pour retourner à l’hôtel. De toute façon, à pieds, je ne serais jamais arrivé à temps pour prendre le bus qui devait me ramener à l’aéroport.

Episode 9 : le quartier des barbus


Tant pis, j’y vais. Après tout, sur le plan, ça a l’air assez simple. Et puis je veux la voir, moi, la mosquée de Soliman le Magnifique. Je fais bien d’insister : il n’y a aucun risque de se perdre, puisqu’il suffit de contourner l’Université en longeant ses grands murs. Les minarets de la mosquée sont là pour me guider eux-aussi. Il est malheureusement trop tard pour aller admirer le tombeau de Soliman, dans le jardin de la mosquée. Tant de choses à voir, et si peu de temps…
Je prends la direction de l’hôtel, entre dans le jardin de la mosquée de Sehzade, juste à côté, et y goûte quelques instants de repos. Et voilà, fin de la deuxième journée… Oh et puis non en fait. Pas loin de là, en s’éloignant encore un peu du centre, il y a la mosquée de Mehmet le Conquérant, du XVème siècle. On est dans le quartier de Fatih, le royaume des fondamentalistes me prévient le Routard.
Et c’est vrai, ça se voit tout de suite. Je croise pas mal de femmes voilées, et pas qu’un peu voilées d’ailleurs : y a que les yeux qui dépassent. Au milieu de ces grands voiles noirs, dans lesquels flottent des corps de femmes, je me crois, l’espace d’un instant, en Arabie Saoudite. Sauf que là, il y a aussi des femmes habillées… comment dire, normalement. Ça donne un clivage intéressant.
Evidemment, je crois que j’ai un don pour cela, j’arrive pile poil pour l’appel à la prière. Impossible, donc, de visiter la mosquée. Je croise quelques barbus, qui se hâtent lentement de rejoindre la mosquée.
La nuit commence à bien tomber maintenant. Je me décide alors à rebrousser chemin, pour rejoindre l’hôtel. Sur le chemin du retour, au hasard d’un carrefour, et d’une vue un peu dégagée, j’aperçois au loin deux hauts minarets éclairés. Une idée saugrenue me traverse l’esprit : et si je retournais à Sultanahmet pour admirer Sainte-Sophie et la Mosquée Bleue de nuit ?
L’idée est plaisante. Ma tête dit oui, mais mon corps dit non. Rien que les quelques centaines de mètres pour aller récupérer le tram me semblent une torture. Mes pauvres jambes ne me portent plus. Je rentre à l’hôtel, je me couche et je m’endors. Un sommeil seulement troublé par la chaleur accablante… et par les appels à la prière aussi. Dès 4h30 je crois (à cette heure-là, je ne suis sûr de rien). Nous, en France, on a les cloches des églises. Eux, ils ont Allah Akbar. Quelle heure est-il ? Euh, ben, à vue de nez, comme ça, je dirais Allah Akbar moins le quart pourquoi ?

Episode 8 : rupture du continuum espace temps

Par hasard, j’arrive quand même pile poil là où je voulais : au carrefour de la fontaine de Tophane. Je m’assois bien tranquillement à la terrasse d’un café qui se trouve là pour un repos bien mérité. J’y reste un bon moment, en choisissant ma place au mieux. Au fond, il y a un groupe de vieux touristes anglais. Devant, plutôt des Turcs. Je m’assois devant, forcément. Deux vieux Turcs fument le narghilé tout en jouant au backgammon : je ne sais d’où vient cet amour du backgammon, mais il faut le savoir, le Turc, en plus d’être moustachu et basané, joue au backgammon. Des jeunes boivent du coca (ben oui, eux aussi, comme tout le monde).
Une fois désaltéré, je reprends la route vers le palais de Dolmabahçe, en longeant la côte du Bosphore, tant qu’à faire. Sur ma gauche, l’Europe, symbolisée par une grande avenue, bruyante et voitureuse (voitureuse, c’est comme poissonneuse, mais avec des voitures). Sur ma droite, le Bosphore et, juste après, l’Asie. Dolmabahçe n’est pas loin, mais l’appel de la mer est le plus fort : je fais une longue pause au bord de l’eau, les yeux perdus dans le vague... et dans les vagues aussi.
Tellement, d’ailleurs, que je ne vois pas le temps filer. Quand j’arrive à Dolmabahçe, c’est pour m’apercevoir que l’heure de la fermeture est passée. Je suis arrivé deux bonnes heures trop tard quand même ! Ce n’est donc pas encore cette fois que je pourrai entrer. Je me contente de la Tour de l’Horloge, 27 mètres de haut, à l’entrée du palais. Un peu plus loin, une porte d’entrée, tout de marbre blanc : magnifique, bien que légèrement m’as-tu vu.
De l’autre côté de la rue, il y a le stade de Besiktas, un stade ou, par exemple, Jean-Pierre Papin n’a jamais joué, et Victor Hugo jamais dormi. C’est assez rigolo d’ailleurs de constater qu’en Turquie, il n’y a certainement pas l’équivalent de nos architectes de monuments de France, qui veillent au grain pour maintenir un périmètre de sécurité autour des principaux monuments historiques. Là, rien de tel. La ville vie et se développe, anarchique et tentaculaire. Tous les styles se chevauchent, s’enchevêtrent et se croisent, dans un joyeux n’importe quoi que, personnellement, je trouve assez sympathique. Istanbul n’est pas une ville musée (sauf à Sultanahmet), et c’est tant mieux.
Je regarde ma montre, et je me rends compte que je viens d’être victime d’une rupture du continuum espace temps : il est déjà 19h30 heures, et je ne comprends vraiment pas comment cela peut être possible. Je fais donc demi-tour et saute dans le tram. C’est une très mauvaise idée : à cette heure-là, c’est la cohue. Ambiance sardine à huile dans leur boîte. Remplacez l’huile par une délicate odeur de sueur, et mélangez. Je vous laisse imaginer le tableau.
Je descends juste après Sultanahmet car, avant de rentrer à l’hôtel, je veux faire un crochet par la mosquée de Soliman le Magnifique, construite au XVIème siècle. Je quitte donc la Yeneçeriler Caddesi, blindée de touristes et de vendeurs de camelotes pour m’engouffrer dans les petites rues qui longent l’université de Beyazit. Enfin, des petites rues… oui, en largeur, mais elles sont à peine moins fréquentées.Il faut dire que je suis à la limite du Grand Bazar. Les boutiques sont encore ouvertes, vaguement en train de fermer. Il n’y a pas beaucoup de touristes, c’est déjà ça. Et bientôt, il n’y en a plus du tout : je quitte la rue piétonne pour me retrouver dans une rue soudainement vide. Vide et moche. Pas un chat ici ; et pourtant Dieu sait s’il sont nombreux à Istanbul. Du coup, j’hésite un peu. Il n’y a pas grand monde, même plus les voitures jaunes des taxis. Et si je me perds ? Qui pour me remettre sur le droit chemin ?

Episode 7 : se perdre dans les petites ruelles tortueuses


Ce matin, plutôt que de tout me taper encore à pieds, je choisis de prendre le tramway. Direction : le haut de la rue Itstiklâl, de l’autre côté de la Corne d’Or. La rue Istiklâl, située dans le quartier de Pera, est la grande rue piétonne et marchande de l’Istanbul moderne, qui descend vers les rives de la Corne d’Or.
Pour m’y rendre, je prends le tram, jusqu'au terminus, et je m’enfonce de nouveau dans la ville, en tournant le dos au Bosphore. Encore une colline à gravir. Ils pourraient prévenir sur les plans, je ne sais pas moi, indiquer les courbes de niveau ou quelque chose dans le genre. Au moins, j’aurais su à quoi m’attendre. Parce que là, pour monter, ça monte. Et comme le macadam des rues et des trottoirs n’est pas tout jeune, à chaque pas, on manque de se casser la gueule.
Tout en haut de ces petites ruelles, je débouche sur la civilisation : la grande place Taksim, où toutes les rues du quartier semblent se rejoindre. Ambiance place de l’Etoile (ça m’effraie de toujours faire des comparaisons avec Paris, serais-je devenu ce que je déteste, un Parisien ?). C’est un bordel sans nom. Entre les bus, les voitures, les taxis et les coups de klaxons, moi, je n’ai qu’une seule envie : fuir au plus vite.
Je tourne dans la rue Istiklâl. Le dépaysement n’est pas total. Même s’il est encore tôt, il y a déjà du monde partout. Ça me rappelle les Halles à Paris (aaaaaaaargh, mon Dieu, encore une comparaison avec Paris… Sortez moi de là, je suis un provincial !). Il y a des magasins à droite, des magasins à gauche, des magasins partout. Et les mêmes qu’en France.
C’est juste intéressant pour la foule qui est là. Des touristes, bien sûr, mais pas seulement. Beaucoup de Turcs aussi. De vrais Turcs. Premier constat : ici, le foulard, ils ne connaissent pas. C’est le temple de la consommation. Les filles se baladent nue-tête. A l’Européenne.
Je descends la rue, mais en lui faisant tout de même de temps en temps quelques infidélités. J’emprunte les petites rues perpendiculaires. Les détours sont les bienvenus. D’abord pour fuir un peu la foule oppressante. Ensuite, en surtout, pour faire de jolies découvertes. Il y a de beaux monuments de part et d’autres. Ici une église, là une mosquée, ailleurs un palais ou une vue panoramique sur le vieil Istanbul (mais pas de photo disponibles, because le soleil n’est pas dans le bon sens, c’te grosse enflure).
Le mieux, je crois, c’est l’église Saint-Antoine-de-Padoue, une église catholique. La construction ne date que du début du XXème siècle, mais en imitant un style plus ancien : il y a là une jolie façade de style italien, avec une jolie galerie couverte.
Juste après, le guide du Routard me suggère de sortir de la rue Istiklâl pour aller visiter le quartier des antiquaires. Pas mécontent d’abandonner la foule, j’obéis. Je bifurque sur la gauche, et je bascule dans l’horreur. Ce n’est même pas Barbés, c’est Naples ! Des petites ruelles étroites, des maisons pauvres, du linge qui sèche aux fenêtres, et beaucoup de chats (je ne sais pas pourquoi, mais il y a beaucoup de chats à Istanbul). Et c’est en pente (oui, oui, encore ces foutues collines) : un coup ça monte, un coup ça descend. Et pas qu’une peu dans les deux cas.
Il n’y a quasiment personne dans les rues. Aucun touriste en tout cas. Dans la rue Çukurcuma, en fait d’Antiquaires, deux ou trois échoppes maigrement pourvues seulement. Les antiquaires tapent la discute entre eux, assis sur des tabourets sans âge. D’autres, seuls, sont avachis sur leur chaise, jambes étendues devant eux. J’aime bien leur nonchalance. Ils attendent. Quoi, je ne sais pas, mais ils attendent. Si l’on n’était pas en pays musulman, je dirais qu’ils attendent l’apéro du soir, mais comme ils ne boivent pas d’alcool (enfin pas officiellement), disons qu’ils attendent peut-être que le thé soit prêt. Je les imagine très bien dire à bobonne, dans la boutique : « ola, Micheline, il fait tellement chaud que j’ai même pas envie de faire la sieste, cong ! »
Un moment, et pendant longtemps en fait, il n’y a plus personne. Ni devant, ni derrière. Je suis seul au monde. J’aime bien. Sauf qu’avec toutes ces ruelles qui se croisent et s’entrecroisent, sans que jamais ne soit mentionné le nom de la rue, je ne sais plus trop où je me trouve. C’est drôle d’ailleurs. Je me surprends à penser en anglais : « maybe on the other side », « maybe the street on the right... or on the left, I don’t know.” En anglais, je pensais avoir tout perdu. Eh bien non. Je parle toujours aussi mal qu’avant –on repère que je suis Français sans que j’aie besoin de le préciser- mais j’arrive à me faire comprendre. C’est bien là l’essentiel.

Episode 6 : s’asseoir au bord du Bosphore et mourir


De l’autre côté de la Corne d’Or se trouve la gare maritime de Karaköy. Je la traverse et continue de longer la côte, en remontant vers le Nord. Je m’assois au bord du Bosphore. Je regarde la mer. Je regarde les bateaux. Je regarde les oiseaux et je regarde les gens. J’y reste un long moment, comme ça, à ne rien faire, sinon rêvasser. Pas la peine de préciser que je suis plutôt du genre contemplatif comme garçon, hein ?
Et puis je me lève, et je m’enfonce vers l’intérieur des terres, dans le quartier de Tophane. Istanbul, terre de contraste… J’ai l’impression de ma retrouver à Barbés, en plein XVIIIème arrondissement de Paris (pour ceux qui connaissent). En tout cas, question paysage, ça ressemble un peu. Pas forcément folichon, mais puisque Istanbul c’est aussi (c’est surtout ?) ça, il serait dommage de s’en priver. C’est une quartier populaire, pour ne pas dire pauvre, comme il en existe partout ailleurs.
Sauf que là, au détour d’une rue, pof, un minaret vous saute à la gueule. L’impression est assez ahurissante. Mais plaisante aussi. En l’occurrence, ce que j’aperçois, c’est la mosquée Kiliç Ali Pasa. Juste à côté se trouve la fontaine Tophane : j’en profite pour me laver les mains et passer mes bras sous l’eau, dans l’espoir un peu fou de calmer le feu du soleil qui, je le sens, commence sérieusement à entamer mes pauvres chairs d’albâtre (d’autres diraient blanches comme un cul). Je boirais bien aussi mais, à Istanbul, il est fortement déconseillé de boire de l’eau du robinet.
Pour cela, heureusement, les Stambouliotes ont tout compris. A chaque coin de rue ou presque –dans les endroits fréquentés en tout cas-, on trouve des vendeurs ambulants, affalés sur une chaise, voire directement par terre, et qui attendent de vendre leurs bouteilles d’eau, négligemment jetées dans une bassine remplie d’eau froide (tiède le plus souvent). J’en achète une : 0,50 YTL. Au début, j’ai eu un peur : le mec me demande plusieurs millions. En fait, il parlait en ancienne livre turque (la Turquie a adoptée une nouvelle monnaie en 2005).
Ma bouteille d’eau et moi, on se pose dans le parc juste à côté. A l’ombre. Je comptais bien pousser jusqu’au Dolmabahçe Sarayi (palais de Dolmabahçe), résidence de plusieurs sultans, achevée de construire en 1856. Malheureusement, je me rends compte qu’il me faut encore compter sur un bon quart d’heure de marche encore pour y parvenir. C’est trop loin.
Tant pis, j’irai demain. Il est tard déjà, ça fait dix bonnes heures que je marche, et j’ai peur que mes pauvres jambes ne m’abandonnent. Déjà, je sens mon genou droit grincer à chaque pas (j’ose même pas imaginer ce que ce sera quand j’aurai 80 ans, enfin bon…).
Je fais donc demi-tour, repasse devant le Bosphore (je ne m’en lasse pas), et retraverse le pont de Galata, en passant, cette fois, par l’étage des boutiques, moins bucolique et davantage marchand, mais à voir aussi.
L’objectif : se renfoncer vers la vieille ville et, surtout, trouver un endroit où manger, au bord du Bosphore ou de la mer de Marmara. Piège à touristes, peut-être, mais putain d'sa race, quelle vue bordel !!! Au sortir du pont de Galata, deux solutions s’offrent à moi. L’optimiste consiste à traverser le Bazar Egyptien qui me tend ses bras tentaculaires. Tentant, mais « dangereux ». Un bazar stambouliote, c’est comme une médina d’Afrique du Nord : des petites rues étroites, tortueuses et, dedans, des tas et des tas de gens. Il se murmure que beaucoup se sont perdus. Certains tournent encore paraît-il. En fait non, évidemment. On trouve toujours une bonne âme pour vous remettre sur le droit chemin. Mais vu mon état de fatigue avancé, je considère assez peu raisonnable de prendre le risque de me perdre dans les ruelles.
Je choisis donc la solution réaliste. Tant pis pour l’aventure et les découvertes au hasard des ruelles. Ce sera pour plus tard. Je décide de suivre la ligne du tramway. Une règle générale d’ailleurs, quand on est perdu : suivre les trams, ils vous mèneront directement là où il faut. Pas besoin de réfléchir ou de regarder son plan, il suffit de suivre les rails et les fils électriques. Au moins, là, je ne risque pas de me perdre. Mais comme le tram fait un petit détour, je coupe un peu pour rejoindre la Divanyolu Caddesi.
Je mange, je bos, je rêvasse... et puis je rentre à l’hôtel. J’suis fourbu, j’suis fourbu… mais con-tent !

Episode 5 : le pont de Galata


En sortant du parc (le Gülhane Parki au fait, je manque à tous mes devoirs), je n’ai pas d’autres choix que de longer le « périph ». C’est la Kennedy Caddesi, qui longe la côte depuis la mer de Marmara jusqu’au Bosphore. Dommage que ce soit une 5 voies (3+2) parce que, transformée en piste cyclable, ce serait plutôt pas mal. Enfin, passons sur mes idées d’urbaniste en folie.
Les Turcs ont une curieuse façon d’appréhender les règles élémentaires de la conduite automobile, autant le dire tout de suite. Il y a bien des feux tricolores, tout pareil que chez nous, mais ils ne sont là que pour faire joli. Les chauffeurs de taxi sont particulièrement dangereux. Pas du genre, en tout cas, à s’embarrasser avec les subtilités du code de la route. « Y a de la place, je passe », pensent-ils sûrement, en en profitant au passage pour placer une bien belle rime riche.
Mais voilà déjà la gare maritime d’Eminönü, les sirènes des bateaux et l’odeur du poisson grillé vendu par les nombreux vendeurs ambulants. L’après-midi touche à sa fin, c’est l’agitation permanente et il y a du monde partout. Attention, ouvrez bien grand vos yeux, ceux qui me connaissent un peu n’en croiront pas leurs oreilles (car, oui, en tendant bien l’oreille et en s’approchant très près de l’écran, il est possible de m’entendre raconter tout ce qui est écrit : essayez et vous verrez) : il y a du monde partout et, pour une fois, j’aime bien.
Je me sens bien. Il y a la mer à droite, le périph à gauche, des Turcs au milieu. J’aime ce mélange d’univers qui, à mes yeux, n’ont rien à voir entre eux. Ces putains de voitures, et leur cortège de klaxons et de gens pressés d’un côté. La mer, sereine, tranquille et imperturbable de l’autre. Mon cœur penche pour la mer, évidemment. Mais j’apprécie aussi être au milieu de tous ces gens qui se bousculent pour prendre leur bateau, comme moi, d’ordinaire, je me précipite (moyennement vite) pour prendre le métro. Qu’il doit être bon d’habiter au bord de la mer et de rentrer chez soi en bateau. Et qu’il est bon, aussi, d’être un touriste et d’avoir du temps devant soi. Ces hommes, ces femmes, ces enfants, ces vieillards autour de moi, ce sont de vraies gens. Beaucoup de Turcs et peu de touristes. Moins en tout cas. Noyés dans la masse turque. Emportés par la foule bigarrée (pour ne pas dire basanée).
Je tourne sur la droite pour emprunter le pont de Galata. Le pont a deux niveaux. J’ai donc deux choix pour le traverser. Aux boutiques du « premier étage », je préfère la route : au moins, là, je peux voir au loin. Le Bosphore sur ma droite, vers le Nord-Est, l’Asie vers l’Est, une jolie vue sur le Palais de Topkapi et Sainte-Sophie vers le Sud-Est, la mosquée Neuve au Sud, juste derrière moi, et l’enfoncement de la Corne d’Or vers l’Ouest.
Les rambardes du pont sont peintes en bleu. Je trouve un petit coin de libre entre la multitude des pêcheurs qui se trouvent là, et je m’y accroche (à la rambarde, pas aux pêcheurs). Que dis-je, je m’y accroche ? Je m’y agrippe ! Je m’y agrippe et je regarde au loin. Là-bas, c’est l’Asie lointaine et mystérieuse. En me mettant sur la pointe des pieds, je m’imagine que je pourrai peut-être apercevoir les contreforts Himalayens. Bon, en fait, sans doute à cause de la brume (je ne vois pas d’autres explications), je ne vois rien. Mais j’y pense, j’y rêve, et ça suffit à mon bonheur.
Je continue vers le Nord, en tournant le dos au cœur historique de la ville. Et on sent bien qu’on s’en éloigne. Il y a bien des touristes, évidemment, c’est un passage obligé pour se rendre de l’autre côté de la Corne d’Or, mais beaucoup moins qu’à Sultanahmet (le quartier historique). Un Allemand me demande si je veux bien le photographier avec, en arrière plan, le pont du Bosphore qui relie l’Occident à l’Orient. J’accepte volontiers, mais si 1870, 1914 et 39-45 appartiennent désormais au passé, Séville 1982 pas encore : je cadre en lui coupant la tête au Schleu.

Episode 4 : J’aime flâner sur les petites ruelles


Je veux maintenant aller vers le palais de Topkapi, la résidence des sultans entre 1475 et 1855. Il est un peu tard pour le visiter, malheureusement, mais je peux au moins passer devant. Sur le chemin, deux choses à voir : la rue Sogukçesme et la fontaine d’Ahmet III.
La rue Sogukçesme est située juste derrière Sainte-Sophie. C’est drôle, d’ailleurs, de voir comme il suffit parfois de passer d’une rue à l’autre pour changer d’univers. Je quitte le cœur historique de la ville et ses flots de touristes (encore que, en cette fin de mois de juin, ils ne soient pas encore très nombreux) pour plonger dans un autre Istanbul. C’est une petite rue pavée, en côte (l’inconvénient d’une ville bâtie sur des collines, c’est que ça n’arrête pas de monter et de descendre). Très agréable à arpenter.
Je suis seul, à part un couple de touriste à l’origine inconnue juste derrière moi. Je suis bien. Je regarde à droite, je regarde à gauche. Je pense à plein de choses. Je rêve, je flemmarde, je ralentis le pas, au gré de mon humeur et de ce que j’aperçois. Le couple de touriste qui était derrière moi est maintenant devant. Je me demande quand ils m’ont doublé ces deux-là. Je ne me suis aperçu de rien. Pourtant, la rue n’est pas bien large. Elle est bordée de jolies maisons en bois peints. Comme ça, d’instinct, j’ai envie de dire que ça me fait penser à un petit port de pêche breton. Mais bon, vu que je ne suis jamais allé en Bretagne, il se peut très bien que ça n’ait rien à voir.
La rue débouche finalement sur une petite place au milieu de laquelle trône la fontaine d’Ahmet III. Et à l’époque, en 1728, quand on construisait une fontaine, on ne faisait pas les choses à moitié. Juste derrière, on voit la porte impériale, et l’entrée du palais Topkapi. Mais il est décidément trop tard. Plutôt que de faire le tour au pas de course, je préfère prendre le temps d’aller ailleurs. Et cet ailleurs, je décide que ce sera l’autre côté de la Corne d’Or, via le pont de Galata.
Là encore, fidèle à ma tradition, je cherche à contourner les grands axes. Ça tombe bien, sur ma droite, il y a un grand parc qui a, en plus, la bonne idée d’être à l’ombre. Je me dis, avec un peu de chance, il y aura bien une sortie à l’autre bout, juste au bord de la Corne d’Or et du Bosphore. Je trouve même mieux. Un panneau m’indique « panoramic bosphorus view ». Tel un ours slovène exporté dans les Pyrénées attiré par un pot de miel, je presse le pas.
Le panneau ne mentait pas. Oh joie, oh bonheur ami, que n’ai-je tant vécu que pour voir enfin l’Asie. Je m’assois, commande un verre à boire un « portakal suyu » puis, devant le sourire gêné du serveur qui comprend bien que j’essaie de parler turc mais n’arrive pas à saisir ce que je peux bien vouloir dire, je demande finalement « an orange juice ».
Regardez, mais regardez comme c’est beau, bordel ! Y a juste un truc qui me chagrine : la mer, c’est dégueulasse, y a des bateaux qui voguent dedans… Enfin dessus, quand tout va bien.

Episode 3 : la mosquée Bleue


Dans le parc où je prends le temps de reprendre un peu mon souffle, je croise de drôles de types qui arpentent les allées. Ils sont fringués bizarrement : en costume traditionnel en fait. Genre les Dupond(t) dans le Sceptre d’Ottokar (je ne vais pas vous mâcher le travail tout le temps, relisez Tintin, ça ne vous fera pas de mal de toute façon). Comme si, devant la Tour Eiffel, il y avait des gars en béret avec une baguette sous le bras, et un mégot dégueu au bec. Peut-être qu’il y en a après tout, faudra que j’aille vérifier.
Je me lève, et je me bouscule, comme d’habitude (ça, c’est fait). Je marche d’un pas vif, genre escargot paralytique, vers la Mosquée Bleue (Sultanhamet Camii). Et là, pas de bol. Ou plutôt si. J’arrive pile poil pour l’appel à la prière, « Allah akbar » et tout le tremblement. Les hauts parleurs installés sur les minarets de la Mosquée Bleue se mettent à trembler. Une autre mosquée, au-delà de Sophie-Sophie, prend le relais et lui répond. Et puis une autre, et encore une autre. C’est à entendre, vraiment. Pour de bon, j’ai l’impression d’être en Orient, et ça fait plaisir.
Pendant les heures de prières, évidemment, la mosquée est fermée aux touristes. Ça dure une petite vingtaine de minutes. En attendant, je fais le tour du jardin, et repousse les assauts d’un ou deux Turcs qui tiennent absolument à me cirer et me brosser les chaussures. J’ai beau leur dire « no leather shoes », ils me répondent « no problem, no problem » et commencent à installer leur attirail : ne pas hésiter à refuser, ils ont l’habitude les pauvres. Ensuite, je rentre –photographiquement parlant- dans ma période fleurs au premier plan, flou au second. Admirez le travail de l’artiste.
La prière est terminée. La mosquée est de nouveau ouverte aux touristes. C’est gratuit, et c’est très bien ainsi. C’est joli aussi. Il y a des carreaux de faïences bleus (d’où le nom) partout. Pas un centimètre carré de laisser blanc. Tout est décoré, et finement décoré. Moi, c’est bien simple, je vois encore l’artiste, le pinceau à la main, et la langue tirée, en train de peindre le truc, le nez collé à son ouvrage.
Par terre, en revanche, il n’y a rien, à part une grande étendue de tapis. C’est qu’ils ne sont pas cons les musulmans. Nous, dans nos églises, on a des chaises et des bancs. Pour faire le ménage, c’est pas simple, et puis ça prend de la place, ça fait du bruit quand on les déplace. Eux, au moins, ils ne s’embarrassent pas avec ce genre de détails : ils visent la simplicité, et ils y parviennent très bien.
A la sortie de la Mosquée Bleue, je me dirige vers l’hippodrome : il n’y a qu’à traverser la rue. En fait d’hippodrome, il s’agit de trois colonnes, et notamment un obélisque, qui n’a rien à envier à celui de la Concorde (et inversement). Tout le reste a disparu.

Pouf… pouf…
Qui a dit poil au cul ? Qu’il se dénonce sur le champ ! Ah vous le prenez comme ça ?! Personne ne veut me dire qui a dit poil au cul ? Bon, très bien, tant pis pour vous, punition générale : vous me lirez 100 fois l’intégralité de mon blog. Je sais, je sais, c’est inhumain, mais bon, vous l’avez cherché après tout.
Pouf… pouf…

Je laisse le forum derrière moi pour me rendre à la citerne basilique (Yerebatan Sarayi). L’entrée est à 10 YTL (nouvelle livre turque), soit 7 € environ. C’est un peu cher pour visiter une réserve d’eau potable si vous voulez vraiment mon avis. Mais vu comment tape le soleil dehors, il est quand même agréable d’y retrouver un peu de fraîcheur. Au cours de la visite, je me reçois même une goutte ou deux sur la gueule, à cause de l’humidité qui tombe du plafond. Il y a là 336 colonnes les pieds dans l’eau, je les ai comptées (enfin, le Guide du Routard les a comptées pour moi).
Dans l’eau, justement, il y a des poissons. J’ai bien envie de dire que ce sont des carpes. Je ne m’y connais pas très bien en poissons (sauf en poissons-chats) mais, il y a quelque temps, j’ai vu une émission de C’est Pas Sorcier (excellente émission que je conseille à tout le monde) sur les réserves d’eau potable de Paris. Eh bien, dans ces réserves, ils expliquaient qu’on y avait introduit des carpes, parce que c’est un poisson sensible à la pureté de l’eau. En gros, donc, on utilise les carpes comme les grenouilles pour la météo. Quand le poiscaille flotte à la surface, le ventre à l’air, c’est qu’il y a un problème quelque part.
Là, ça va, je rassure tout le monde : les carpes sont vivantes. Bien vivantes même. C’est pas pour dénoncer, mais y en a certaines qui profitent même plutôt bien : je vois une ou deux grosses mémères un peu grassouillettes.
Retour à l’air libre. Sous le soleil exactement. Je dois commencer à être pas mal cramé, car je constate que les « whereareyoufrom » passent maintenant devant moi sans me regarder. Avec mon joli teint halé, ils doivent sans doute me prendre pour un autochtone.

Episode 2 : Sainte-Sophie (2/2)


A l’étage de Sainte-Sophie, il y a une galerie qui permet de prendre un peu de hauteur. Pour y accéder, on emprunte un long chemin hélicoïdal (si, si je vous assure)…

Pouf… pouf…
Bon, j’en vois deux ou trois, au fond de la classe qui me regardent avec des yeux ahuris, la bave aux lèvres. Un chemin hélicoïdal, c’est un chemin qui serpente autour de lui-même. Vous voyez ce qu’est un escalier à vis ? Eh ben là c’est pareil. Sauf que c’est différent puisqu’il n’y a pas de marches. Capiche ?
Pouf… pouf…

Ce chemin hélicoïdal do… Oui, quoi encore ? Les toilettes ? Mais oui bien sûr, tu peux aller aux toilettes, ce n’est pas la peine de m’interrompre pour ça m’enfin ! Bon, ce chemin donc, moi, c’est bien simple, je l’adore ce chemin. J’ai l’impression d’être dans un vieux donjon, hors du temps. Inutile de dire que ça me plaît bien ça. Je mets mes pas là où des millions d’autres ont mis les leurs avant moi. Et ça me fait quelque chose-euh. Je ne parle pas des pas des touristes, évidemment, mais de ceux des vrais gens, il y a 200, 300, 500, 1000 ans.
Tout autour de la galerie, il y a un joli parapet de marbre qui ceinture l’étage. En 1453, quand l’église est devenue mosquée après la prise de la ville par Mehmet II (un peu d’histoire ne peut jamais faire de mal), toutes les croix ont été effacées, c’est rigolo. Les mosaïques sont splendides. Pas de photos à montrer, malheureusement, puisque les flashs sont interdits… Ce qui n’empêche pas quelques connards de touristes de braver l’interdiction. Enfin bon, oublions ces gros cons qui ne respectent rien pour se concentrer sur l’essentiel.
Et l’essentiel, c’est la vue. La vue sur Sainte-Sophie, le rez-de-chaussée et la coupole, mais la vue sur l’extérieur aussi. Il y a des fenêtres partout, dont certaines ont la bonne idée d’être ouvertes. En me mettant sur la pointe des pieds, j’arrive à voir le paysage, tout autour. On a des vues magnifiques. Sur le Bosphore et la rive asiatique d’un côté. Sur la Mosquée Bleue de l’autre. L’appel de la mosquée est le plus fort d’ailleurs. Il est grand temps que je m’y rende.
En redescendant et en sortant, il y a une chose qui me frappe : le soleil. Putain, ça tape dur ! En fait non, il n’y a pas une, mais deux choses qui me frappent, le soleil, et les « whereareyoufrom » aussi : des Turcs, jeunes ou moins jeunes, qui font le pied de grue devant Sainte-Sophie, et qui cherchent à vous attirer dans l’échoppe de beau-papa, pas très loin, pour vous vendre leur camelote, ou qui vous propose de vous guider pour la journée. Avec le premier qui nous aborde, on est poli, on tape la discute et on prend le temps. Au deuxième, on dit « sorry I don’t understand » et on trace la route. Quant au troisième, alors là, le troisième, lui, c’est un petit chanceux, il a droit à un traitement de faveur : à la parisienne que je l’appelle. C’est ma botte secrète, mais je vous la livre quand même : tu lui réponds même pas. Pas très poli, mais très efficace.

Episode 1 : Sainte-Sophie (1/2)


Au commencement était un hôtel. Puis Dieu créa le plan, et on ne lui en sera jamais assez reconnaissant. Premier objectif : se repérer sur la carte. En fait, ce n’est pas très compliqué, il suffit de se fier aux minarets qui dépassent. L’hôtel est situé dans le quartier de Fatih, juste à côté de la mosquée de Sehzade (Sehzade Camii), construite au milieu du XVIème siècle. Juste à côté, aussi, il y a l’aqueduc de Valens, du IVème siècle lui. Le voyage commence bien. Mais puisque je ne suis à Istanbul que pour un trop court séjour, mieux vaut faire les choses dans l’ordre. Ma première journée sera consacrée à la ville historique, ou ne sera pas.
Direction plein Est. Plutôt que de remonter les grands axes, je préfère essayer de couper à travers les petites rues. Pour moi qui viens d’arriver dans une ville inconnue, qui suis à peine réveillé après trois petites heures seulement de sommeil (pour cause d’arrivée très tardive à l’hôtel), et pas encore habitué aux subtilités géographiques d’Istanbul, ce n’est pas forcément une très bonne idée.
J’arrive dans les jardins de l’Université de Beyazit sans trop savoir comment. Et surtout sans l’avoir voulu. Puis vient l’entrée du Grand Bazar (c’est inscrit en toutes lettres, pas moyen de se tromper). Je pensais être beaucoup plus au Nord. Il est encore très tôt. Il n’y a pas grand monde dans les rues. Je regarde dans l’enfilade de la première rue du Bazar. J’hésite, et puis finalement non. Pas encore. Pas tout de suite. Je veux d’abord voir Sainte-Sophie (Aya Sofya).
Pour ne plus perdre de temps, et puisque, de toute façon, c’est le chemin le plus court, je me décide à rejoindre la Yeniçeriler Caddesi puis la Divanyolu Caddesi, les deux rues principales du vieil Istanbul. Me voilà dans le cœur historique de la ville. Je me pose dans le petit parc, histoire de faire le point sur le programme de la journée. De digérer le changement de pays aussi. C’en est fini des gros moustachus au teint basané : si, si, il faut le savoir, le Turc est moustachu et basané. Au revoir à eux, et bonjour les Japonais et les Allemands. Je parcours rapidement les pages du Routard sur Sainte-Sophie. Il est un peu plus de 10 heures. Je me lève. J’y vais. A moi Aya Sofya.
Alors, Saint-Sophie, comment dire… Si on connaît le Louvre, on n’est pas dépaysé. Les hordes de Japonais sont là. Façon fourmis, tous groupir autour du guide. Et puis il y a toutes les nationalités aussi, éparpillées en petits groupes. Ça parle toutes les langues, c’est magnifique. Toutes les langues sauf, peut-être, le Turc.
Sainte-Sophie, c’est immense. Depuis le haut de la coupole, quinze siècles nous contemplent. Impressionnant. Il y a là le résultat d’un étonnant mélange, de l’église devenue mosquée, puis musée aujourd’hui. Sur la gauche, la colonne suante se dresse fièrement. A hauteur d’homme, il y a un trou. La coutume veut que l’on y introduise son pouce et que, la main posée à plat sur la colonne, on fasse un cercle complet de la gauche vers la droite, en formulant un souhait. Résultats garantis (enfin presque).
Tout au fond, il y a le Mihrâb, magnifiquement décoré (le mirhâb, c’est une petite niche qui indique l’emplacement de La Mecque, et donc la direction vers laquelle se tourner pour prier). Une Coréenne me demande si je veux bien la photographier juste devant. Elle est très sympathique cette Coréenne, j’accepte donc. Mais le match France-Corée du Sud pour la Coupe du Monde n’est pas loin, alors je fais exprès de mal cadrer la photo. Non mais ! Ça leur apprendra à nous marquer un but en toute fin de match ! Salauds de Coréens va !